dimanche 6 septembre 2009

Une garde de samedi aux Urgences

Alors, qu'avons-nous au menu aujourd'hui ?
Une mamie-marrante, une infirmière-insolente, un patient-récalcitrant, un patient-impatient, un patient-sans gêne, un chef-touchant... C'est parti ?

La mamie-marrante :
Il doit être environ 6h du matin, et j'interroge cette mamie d'environ 80 ans sur ses allergies. Elle me dit : "Oh, si, le Dr C*** m'avait donné un médicament l'autre jour, et ça m'a beaucoup gratté."
- Moi : "Ah ? C'était des plaques ? A quel endroit ?"
- La mamie, sur un ton plein de sous-entendus : "Oh, ça me grattait, à un endroit très mal placé..."
- Moi, les deux pieds dans le plat : "Mais où, exactement ?"
- Et elle, pleine de fraîcheur : "Ben, à la marguerite !"
Heureusement que je lui tournais le dos pour la dernière question, parce qu'un large sourire a éclairé mon visage...!

L'infimière-insolente :
Il n'est alors que minuit, mais j'ai la désagréable impression, comme si souvent, la nuit, aux Urgences de cette belle ville où j'officie, que je suis la seule à bosser. Il n'est pas rare que j'aie à déshabiller les patients, voire prendre une température, ou rentrer les constantes : autant de gestes infirmiers qui sont habituellement déjà faits quand j'arrive, mais il semblerait que la nuit, la phrase "moins y'en a à faire, moins on en fait" soit particulièrement vraie. Eh oui, étouffée par les trois patients installés depuis 2h et pour lesquels elle n'a plus eu à lever le petit doigt depuis, l'infirmière en était à son 3ème café en compagnie de ses collègues. Vous seriez surpris de voir que je n'exagère même pas... Donc, étouffée par cette pesante charge de travail, elle prenait une pause bien méritée... On se croirait dans les Inconnus, parfois !
J'avais terminé avec une patiente, il me restait à lui préparer ses papiers de sortie. Je vais donc voir l'infirmière et lui demande d'aller déperfuser la patiente. Quelle n'est pas ma stupéfaction de la voir me faire un bras d'honneur... Il était net que je la dérangeais dans sa pause-café de 2h de durée !
Il est certain que je peux tout à fait faire ça, déperfuser une patiente, aussi bien que nettoyer une salle; mais si on bosse en équipe, avec chacun des rôles définis et pour lesquels on est formés, c'est peut-être pas pour que l'interne se retrouve à tout faire, si ?
Grr...
Ai-je besoin de préciser que je lui ai lancé un regard d'abord surpris, presque estomaqué, puis franchement réprobateur et que je suis partie en disant "Je suis désolée, mais j'en ai un peu marre d'être la seule à bosser, ici !"

Le patient-récalcitrant :
C'était un jeune de 17 ans, qui avait picolé, puis s'était battu, et que sa mère amène à 5h du matin parce qu'il a le nez et le poignet cassés. En effet, il a une fracture du scaphoïde. Je lui explique que, pour ça, il faut qu'il ait un plâtre qui va du coude au pouce. Et là, il râle. Mais pas qu'un peu ! Il proteste ! Avec le peu de patience que j'ai à 5h du matin, j'essaie une explication sur le pourquoi de cette immobilisation. Comme il persiste à râler, je finis par lui dire que ce n'est pas ma faute s'il s'est cassé le poignet, que j'imagine que ça lui fait pas plaisir d'avoir tout ça d'immobiliser, mais que c'est le traitement et ce qu'on peut faire de mieux pour lui !
Et quand je commence à lui faire la résine, il recommence à protester... Et là, c'est plus fort que moi, c'est sorti : "Ecoute, j'imagine qu'on ne t'a pas forcé à picoler ce soir, qu'on ne t'a pas non plus forcé à te battre. Donc tu t'es cassé la main, alors maintenant t'assumes et t'arrêtes de râler. Moi non plus, ça ne me fait pas spécialement plaisir de te faire une résine à 5h du matin !"
Bon, après, il a un peu arrêté...

Le patient-impatient :
Lui, je l'ai vu à 6h15 du matin. Il avait, par accident, passé la main à travers une vitre et avait plusieurs plaies de l'avant-bras. Immédiatement installé en salle par l'infirmière qui a commencé à nettoyer ses plaies. Je suis venue tout de suite voir leur aspect, et devant le doute sur un corps étranger résiduel, je l'ai envoyé séance tenante passer une radio. Pendant ce temps, je suis allée m'occuper de Mamie-Marguerite. Le temps que je finisse avec elle, les infirmières m'informent qu'il a pesté contre le temps d'attente et exprimé son envie de partir. "Mais qu'il se casse", réponds-je un peu impulsivement :-) J'ai pas dit ça au patient, hein... Donc j'ai terminé avec ma maminette, et 20 minutes après l'avoir expédié à la radio, je le revois. Je me garde bien de faire la moindre remarque sur ce que m'a dit l'infirmière et commence à me repencher sur la question de ses plaies. L'une d'entre elles m'embêtait, un peu trop profonde : j'allais avoir besoin de l'avis de mon chef avant d'y toucher ; il fallait donc que je le réveille. Je dis ça à mon patient, qui, directement, me répond : "Et ça va encore être long ?" Ouuuuh, il va me gonfler longtemps, celui-là, me suis-je dit... Patiemment, je lui demande : "Ca dépend, c'est quoi, long, pour vous ?" Et lui: "Ben là, comme tout ce que j'ai déjà attendu !" Hem... La réponse n'a pas tardé : "Monsieur, vous êtes arrivé il y a 3/4 d'heure. On vous installé tout de suite, l'infirmière vous a nettoyé les plaies, je les ai vues immédiatement et vous êtes allé passer la radio en suivant. Je vous ai fait patienter 20 minutes le temps de voir une autre patiente qui est dans le service et suis revenue vous voir de suite. Vous avez eu une prise en charge optimale, avec un délai d'attente dérisoire pour les Urgences, alors si ça, pour vous, c'est long : oui c'est encore long ! Et si vous n'êtes pas content, vous pouvez vous en aller, mais c'est contre mon avis."
Il est resté et est devenu très sympathique :-)

Le patient-sans gêne :
A 7h30, je libère un patient qui avait un traumatisme du pied. C'était un ami qui l'avait amené, et il était parti. Je propose donc au patient de lui appeler un taxi, sauf si quelqu'un peut venir le chercher. Sans gêne, il me demande si y'a pas quelqu'un qui débauche bientôt et qui pourrait le déposer, vu qu'il n'habite pas très loin. Je lui dis que non, personne ne débauche bientôt. Et lui, toujours tranquille, qui me dit : "Mais si, j'ai cru comprendre que vous débauchez bientôt, vous voulez pas me ramener ?" !!

Un chef touchant :
Ca, c'était le cadeau de la nuit : mon chef tournait en rond dans le service, il était bientôt 3h du matin. Quelqu'un a dû lui faire la remarque qu'il pourrait aller dormir, puisque je m'occupais des patients (mon chef s'était joint au petit comité-café et m'avait donc laissé voir les patients :-) ). Il ne savait pas que je l'entendais, je pense, et je l'ai entendu dire sur son habituel ton bougon-râleur-ours : "Oh mais non, je vais quand même pas laisser Nathalie toute seule". Ca s'appelle du soutien moral, c'est quand même super agréable ! :-)

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