samedi 24 octobre 2009

Tentative de rattraper le temps perdu ! Séquence Un :-)

Longue pause, et pourtant il s'en est passées, des choses !
Tentons de faire un rapide résumé...


- Tout d'abord, pour commencer, une photo. Je la replace dans le contexte : il est 22h, la journée a été plutôt calme, la soirée aussi. L'infirmière m'attire dans le PC infirmier pour me montrer ...

... un bonze tibétain ! C'est mon chef, l'urgentiste de garde, oui oui ! Il est allé accueillir les pompiers comme ça, c'était comique :-)

Va p'têt bientôt envisager de faire passer un psychiatre dans le service pour évaluer la santé mentale des soignants... =D



- A propos de santé mentale, j'ai compris que j'étais un peu "imprégnée" de médecine jeudi soir : au cours d'impro, un des participants éclate de rire, et on voit alors se gonfler ses veines du cou. Et moi, tout fort mais sans me rendre compte de ce que je dis : "C'est fou ce qu'on voit ses jugulaires". C'est alors que mon voisin se retourne vers moi : "C'est dans la médecine que t'es, c'est ça ?" ... oups j'ai parlé à voix haute... déformation professionnelle ?!!


Mais revenons aux patients...


- Comme quoi la douleur, c'est très personnel, comme évaluation...
L'autre jour, j'ai eu affaire à un patient pour le moins désagréable. J'avais juste lu sur le carnet où l'infirmière d'accueil inscrit les patients : "M. X, 46 ans, douleur du mollet gauche, EVA à 7/10, ne veut pas d'antalgique".
L'EVA, c'est l'évaluation de la douleur. Zéro = pas de douleur du tout, 10 c'est une douleur insupportable. Avec 7, a priori, il a vachement mal, le gars, est-on en droit de se dire. Tiens, il ne veut pas de médicament pour la douleur ? Bon... C'est le problème avec l'évaluation de la douleur : on est tous différents, on ne ressent pas la douleur de la même façon, on ne l'exprime pas de la même façon. Cette évaluation sert en pratique surtout à savoir si on a soulagé la personne, le but étant que l'EVA baisse quand on aura fait quelque chose ! Mais bon, ça reste un peu étonnant que quelqu'un décrive une douleur qui se situe quand même dans les douleurs très fortes et ne veuille rien prendre pour la faire passer !


Je vais voir cet homme, que, soit dit en passant, j'ai vu arriver en marchant, sans trop boîter. Il m'explique qu'hier, au travail, il a reçu une plaque de 200 kg sur la jambe. Du coup, je lui pose quelques questions pour essayer d'évaluer ce qu'il a bien pu s'abîmer. Du style : avez-vous eu tout de suite très mal ou bien la douleur est apparue progressivement, notamment ce matin. Ou : avez-vous pu marcher juste après, pouvez-vous marcher maintenant. Il n'est pas très motivé pour répondre à mes questions, avec des réponses très évasives. Donc j'insiste un peu, je voudrais bien avoir une idée de ce qu'il peut avoir avant de l'envoyer à la radio ! Et là, du coup, il s'énerve : "Ouais, mais ça va, ça fait 3h que j'attends, tout ça pour qu'on me demande si j'ai mal !" ... Bon, déjà ça fait juste une heure qu'il est arrivé... Et, oui, c'est ça, il a tout à fait compris : j'essaie de savoir ce qui l'amène !!

Alors patiemment, je lui explique pourquoi je pose ces questions, qu'en gros j'essaie de savoir s'il s'est cassé quelque chose ou fait un hématome du mollet. Il est passablement énervé, donc je n'insiste plus et l'envoie à la radio. (D'ailleurs, quand je l'examine, il ne peut subitement plus marcher... Mais va passer sa radio en marchant quelques minutes plus tard... :-) )

En sortant du bureau de consultation où la porte était restée ouverte, je retrouve les infirmières qui ont tout entendu et rigolent bien de me voir me dépatouiller d'un patient peu conciliant et un tantinet agressif !

Pendant qu'il est à la radio, je m'aperçois qu'il est déjà venu aux urgences deux fois cette année : la dernière fois c'était y'a deux mois, amenés par les flics pour un certificat de non hospitalisation (ça veut dire en gros qu'il était bourré sur la voie publique et que les flics veulent le mettre en cellule de dégrisement). La fois d'avant c'était pour un problème psychiatrique : il venait pour agressivité et parce qu'il avait tapé sur sa femme.... Charmant bonhomme !

La suite est moins intéressante. Il n'avait rien de cassé, juste un hématome dans le mollet. Ce qui fait fort mal, j'en conviens ! Je lui fais un arrêt de travail pour la fin de semaine, en lui disant qu'en fonction de sa douleur, il verra s'il peut reprendre son boulot le lundi. S'il ne peut pas, il reverra son médecin pour la prolongation d'arrêt de travail. J'essaie aussi de lui faire comprendre que le but des médicaments contre la douleur, c'est justement de faire passer la douleur ! Et que par exemple, quand on a mal et qu'on en a sur l'ordonnance ou à la maison, eh bien on peut les prendre !! Si si !! Mais ça n'est pas gagné...

Et le lundi, je vois débarquer la maman de mon patient ! Qui me dit que le médecin traitant n'a pas voulu prolonger, donc elle vient me voir pour que moi je le fasse...mais le patient, lui, n'a pas daigné venir ... Drôle de personnage :-)


- Un grand moment de solitude :
je vais voir une patiente qui vient pour chute. Elle a 82 ans. Je rentre dans la salle : "Bonjour Madame !" Et l'aide-soignante qui est auprès d'elle me met directement au parfum : "Te fatigue pas, elle est sourde, aveugle et muette..." !!
Bon, ben dans ces cas-là, on se tourne vers la famille pour essayer d'en savoir plus. C'est là que j'apprends qu'elle vit avec sa soeur... sourde, aveugle et muette également et sensiblement le même âge !!

On a essayé de communiquer par écriture dans la main, mais impossible de comprendre ce qu'elle nous disait. Pareil par écrit... Finalement, en palpant partout et grâce aux grimaces (qu'elle avait nombreuses même quand elle n'avait pas mal, ce qui n'arrangeait rien), on a fini par comprendre qu'elle avait mal à la hanche droite et l'épaule gauche !

J'étais un peu ébahie quand j'ai eu au téléphone la nièce de cette dame, qui venait aux nouvelles. D'ordinaire, elle s'en occupe pas mal. Mais là, elle ne pouvait se déplacer, puisqu'elle devait s'occuper de la soeur de la patiente et de ses propres parents, malades tous les deux ce jour-là, elle devait faire à manger à tout ce petit monde et elle demandait si en rentrant de la pharmacie elle pourrait passer aux urgences.... C'est pas facile pour tout le monde, la vie :-/


Ah, il y a encore plein d'anecdotes, mais ça sera pour une autre fois, le temps me manque ce matin !