mercredi 9 septembre 2009

Et le mercredi suivant...

Je ne sais pas pourquoi j'ai osé espérer avoir une garde un peu plus calme pour cloturer ma semaine. Si, je sais : ça faisait deux matins que je prenais la relève de mes collègues qui avaient dormi entre 4 et 5 heures de suite ! Je sais bien qu'on dit "jamais deux sans trois", mais là, je me disais surtout que ça serait étonnant qu'aucun patient ne vienne frapper à la porte des urgences entre 3h et 8h pour la troisième nuit de suite :-)
Eh ben j'avais raison !! (c'est marrant ce qu'on aimerait se tromper dans ce genre de situation !)
Faut dire que j'avais aussi fait ce qu'il fallait pas : des projets pour le lendemain ! Je m'étais dit que si je dormais un peu, j'irai faire de la voile avec mon chef.
Bon, la garde n'est pas finie, mais il est 6h et j'ai dormi une fois 5 minutes, une fois 3 minutes et une fois 40 minutes ! Et je n'envisage plus de me recoucher, je n'en peux plus d'entendre ce téléphone sonner à peine je touche mon lit...!

J'aime les deux derniers réveils :

- le premier, c'était un mec complètement excité, visiblement alcoolisé. Ce n'était pas un patient, mais un ami d'une patiente qui est venue la semaine dernière (et que d'ailleurs j'avais vue) qui est donc hospitalisée depuis une semaine. Je ne sais pas bien comment c'est, l'hôpital, en Mongolie Chinoise, mais visiblement, on peut se présenter à 3h40 et espérer voir un patient dans son lit d'hospitalisation...! Oui, ce cher monsieur ne parlait pas beaucoup le français, et l'alcool ne devait rien arranger... L'infirmière lui expliquant qu'il faudrait qu'il revienne en journée, il lui a répliqué : "Toi pas docteur ! Toi... (là on n'a pas compris mais la suite était très distincte :) discothèque !" Avec un geste éloquent... C'est marrant, je l'imaginais pas en gogo danceuse, cette infirmière ! Elle non plus, visiblement...

- et le deuxième, vers les 5h du matin, c'est un homme de 57 ans pour douleur thoracique, me dit l'infirmière.
Je vous mets le copier-coller de mon compte-rendu, c'est éloquent...

" En un quart d'heure, l'interrogatoire ramène une foule détails sur le patient, sa vie, sa retraite récente, ... et de plaintes somatiques diverses. Le patient me semble très stressé, angoissé. Il a comme une peur panique de se redresser "ça se bloque dans le cou, ça se brouille dans la tête". Pourtant, il se mobilise parfaitement bien. S'y ajoute une oppression thoracique bilatérale décrite par deux doigts de chaque côté.

L'examen neurologique est tout à fait normal : je retrouve uniquement une hypoesthésie de la jambe gauche et une abolition du ROT rotulien gauche qui sont très anciens et connus. Il n'y a aucun déficit des paires crâniennes (notamment pas de nystagmus), aucune déficit sensitivo-moteur, pas de syndrome cérébelleux statique ou dynamique.

L'examen rhumatologique retrouve des épineuses cervicales sensibles à la palpation, tout autant que les masses musculaires adjacentes. Le patient me signale que c'est ancien (cervicalgies probablement arthrosiques chez un patient ayant beaucoup fait de voiture au cours de sa profession). La palpation d'aucune épineuse ne provoque un signe de la sonnette.

Le reste de l'examen clinique (cardiovasculaire, pulmonaire, abdominal) est normal, notamment les mollets sont souples, il n'y a pas de dyspnée.

Devant cette oppression thoracique, j'initie un bilan ECG, radio thoracique, bilan biologique.
L'ECG et la RT sont normaux.

Je propose au patient un traitement symptomatique par Lexomil en attendant les résultats du bilan biologique pour au moins calmer la part d'angoisse et permettre une meilleure évaluation des problèmes dans une heure ou deux. Il le comprend et l'accepte."

...

Heureusement qu'on n'a pas envoyé le SAMU chercher ce patient à son domicile...

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